Trois puissants épisodes pluvieux engendrèrent des inondations dans la vallée de Vallouise cette année 2024. Quelques images aériennes et visites virtuelles HD du dernier épisode survenu fin septembre.
Les dégâts en haute vallée de l’Onde
Le parking d’Entraigues pour se rendre au refuge des Bans inaccessible depuis Béassac
D’énormes masses rocheuses se sont effondrées depuis le Riou du Gerpa sous le collet du Rascrouset et l’ancien glacier éponyme. Cet événement survenu dans la nuit du jeudi 25 au vendredi 26 septembre 2024 se diffusa jusqu’en plaine de Vallouise, plus bas aux Vigneaux et à l’Argentière la Bessée, engendrant inondations et la destruction de portions de route.
L’ancienne passerelle des Fauries, donnant accès aux prés en rive droite, a été totalement engloutie par ce phénomène de lave torrentielle, expression utilisée lors de l’avalanche rocheuse de la Bérarde cette même année.
Plusieurs larges tronçons de route, tout le long du torrent de l’Onde, ont été avalés par les eaux. Quelques centaines de mètres avant Entre les Aigues, de larges coulées de blocs rocheux coupent la route menant au parking, lieu de stationnement des randonneurs allant au refuge des Bans ou à la cabane de Jas la Croix.
Des troupeaux d’ovins (moutons), d'équidés (ânes) et de bovins (vaches) durent difficilement passer les éboulements et descendre par la rive droite jusqu’aux Fauries pour quitter leurs pâturages estivaux.
Deux véhicules furent bloqués avant d’être héliportés par "Helena" un puissant hélicoptère Super Puma du Secours Aériens Français (SAF), immatriculé en Suisse HB-ZKN (1700 ch, 4,5 tonnes de charge utile)...
Vidéos aériennes de l’avalanche pierreuse et de l’héliportage
De nombreux habitants vinrent voir de leurs propres yeux l’ampleur des dégâts. Un petit lac (lac du Gerpa ou d’Entraigues?) se forma, en fond de vallée, à Entre les Aigues, à cause de l’amoncellement rocheux venant du Riou du Gerpa.
On notera que cette petite étendue d’eau ne semblait pas avoir de sortie apparente mi novembre, contrairement au cône de déjection du Gerpa libérant un ruisseau vers l’Onde. Le flux du torrent réapparaissant, juste après l’ancienne passerelle des Fauries. Laissant penser à des infiltrations souterraines. Certains s’inquiétant d’une hypothétique poche d’eau souterraine qui finisse par se fragiliser avec des conséquences en fond de vallée...Tout ceci méritant d’être analysé par des hydrologues.
On observe néanmoins un petit chenal, à sec, sur les images aériennes, à l’extrême sud de l’éboulement du Gerpa, coté rive droite de l’Onde, semblant avoir servi de déversoir au lac lorsque celui-ci était plus haut. A la fonte des neiges, ce chenal reprendra probablement sa fonction de purge du lac.
Un aparté pour signaler que les cartes IGN indiquent "Entre les Aigues" dont on imagine que l’étymologie veut dire "entre les eaux". L'orthographe "Entre les Aygues" apparaissant également. Les vallouisiens utilisent le terme avoisinant d’Entraigues.
Phénomènes millénaires et réchauffement climatique
La montagne est un espace d’érosion et de transformation depuis la nuit des temps. En atteste les photos d’archives du cône de déjection du Gerpa alimenté par les éboulements successifs.
L’origine topographique de l’effondrement soulève quelques débats dans la vallée, les uns estimant que l’essentiel des matériaux venaient du bas du Riou du Gerpa sous la cote de l’altitude 2200 m. Les autres imaginant un éventuel système de rétention d’eau sous forme de lac éphémère d’altitude alimenté par le versant venant du col des Bœufs Rouges et du collet du Rascrouset, peut-être juste au dessus des 2300 m d’altitude qui aurait cédé créant une lave torrentielle. A noter que, vers cette cote 2200 m, un étranglement marqué sous forme de canyon, avec plusieurs coudes, délimite la partie haute et basse du Gerpa, comme on l’aperçoit sur les images aériennes présentes sur cette page. Ce deuxième scénario ne nous semblait pas à privilégier, n’ayant pas connaissance d’observations récentes au dessus de 2200m. Jusqu’à la lecture d’un article publié mi décembre sur le site toujours précis et bien informé Vallouimages ici et sa page Facebook, source continue d’information de la Vallouise (souvenez-vous notre recommandation de blogs des Hautes-Alpes). Des images réalisées par un parapentiste montrent des forts ravinements au-dessus de 2200 m qui démontrent qu’une partie du volume rocheux vient du vallon du Rascrouzet. L’article décrit avec précision la cinématique du phénomène, avec de précieux éléments toponymiques par son auteur Paul Billon Grand.
Images d’archives 1928 et 1933 : Onde, Entre les Aygues et Gerpa
Images d’archives de la crue de 1928 : les plaques photographiques des Archives départementales (issues du Service de restauration des terrains de montagne) nous offrent d'intéressantes images des années 1928 et 1933 à Entraigues, combe du Gerpa, dans l'Onde sous l'actuel pont des places et secteur Grésonnières,

Nous vous recommandons la visite du site internet des archives départementales des Hautes-Alpes https://archives.hautes-alpes.fr/ dont sont issues ces photographies d’époque.
Visites virtuelles aériennes haute définition entre Vallouise et Entre Les Aygues ainsi que le Riou du Gerpa
Réchauffement climatique dans les Alpes
Ces crues décennales et centennales se multiplient avec pour 2024 trois épisodes massifs en un an. Le village fit la une de l’actualité nationale lors de l’inondation du 21 juin où les chaînes d’infos en continu diffusèrent les images d’une voiture garée sombrant dans le torrent du Gyr, au lieu dit de la gravière à l’entrée du camping. 
En Août 2023, les refuges du Pelvoux et du Sélé furent interdits d’accès suite à de puissants éboulements (évocation de fonte permafrost).
Durant le même épisode pluvieux qui vît le Gyr se déchaîner, la Berarde, petit hameau en versant Ouest du massif des Écrins, fut complètement dévastée en juin 2024.
Le réchauffement climatique, d’origine humaine et unanimement acté par la communauté scientifique internationale, se produit à un rythme jamais documenté dans l’histoire du globe. Le concept d’anthropocène décrit l’impact humain sur la géologie.
Au niveau climatique et météorologie, il suffit de comprendre que les masses d’air sont comme des éponges qui peuvent accueillir d’autant plus d’eau (sous forme gazeuse, liquide) qu’elles sont chaudes. Quelques petits degrés en plus engendrent et démultiplient potentiellement des épisodes pluvieux plus forts. Un météorologue de Météo France, en août 2023, présentant une étude prospective de l’enneigement des stations de skis de Pelvoux et Puy Saint Vincent PSV, expliquait que les précipitations ne seront pas forcement annuellement plus élevées mais distribuées de manière plus concentrées avec des épisodes plus violents.
Ces bouleversement climatiques augmentent également la fréquence d'incendies dans les Alpes comme aux Vigneaux en 2003.
Photos aériennes Onde et Gerpa/Entraigues
Hydrologie : lit mineur et majeur et aménagement du territoire
Le lit mineur décrit l’emplacement habituel d'un cours d'eau, le lit majeur occupe les rives lors des crues et phénomènes pluvieux intenses.
Notons que les dégâts de septembre 2024 ne concernent qu’une infime surface de la vallée. L’Onde longue d’environ 7 km entre Vallouise et Entre les Aygues ne s’est écartée de son lit mineur que de quelques mètres (10 ou 15 maximum).
Certains aménagements tentent de canaliser le lit majeur, afin d’éviter des débordements, comme par exemple au début de la plaine de Vallouise, avant le pont de Gérendoine, en rive gauche ou juste après en rive droite. Un de nos anciens voisins, ex maire du village, nous disait que la plaine fût largement inondée au début du vingtième siècle (1928?) avec un mètre d’eau par endroit.
Se pose inévitablement la question de la pérennité dans le temps de ces aménagements, de leurs coûts pour la collectivité alors que ces bouleversements climatiques ne semblent pas prêts de s'arrêter…Tout ceci sur fond de disette financière durable, pour l’État et les collectivités locales, de pression foncière, touristique etc...
Sans évoquer, à en croire des analystes avertis comme Jean-Marc Jancovici (lire la BD « Le monde sans fin »), la pénurie énergétique et minière à venir. L’Europe ne disposant presque pas de cette puissante énergie fossile, aujourd’hui indispensable, génératrice de CO2… permettant d’essayer de dompter la nature…
Tout ceci est une question d’équilibres à trouver, d’intérêts particuliers divers face aux intérêts collectifs, de mentalités… Ceux disposant d’un peu de culture politique et sociologique, se souviendront de l’interpellation de P Bourdieu : « D’où est-ce que tu parles », pour dire la subjectivité de nos opinions, croyances, coup de mentons.
Plus simple d’avoir des certitudes définitives, que de se confronter aux réalités physiques et conséquences humaines, dans toutes leurs complexités et méandres. L’excellent Boris Cyrulnik traite dans le livre « Le laboureur et les mangeurs de vents », entre autres, du rapport à la réalité et du mirage des solutions simplistes...mais cessons, momentanément, ces quelques digressions...
Photos panoramiques
Les conséquences humaines en vallée de Vallouise
Le parking d'Entraigues pour accéder au refuge des Bans, balade familiale très prisée et fréquentée, par les vacanciers sera t-il à nouveau facilement accessible ?
Les travaux semblent très importants, pour ne pas dire titanesques, afin de rétablir un accès identique et goudronné, au grand parking d’Entre les Aygues (environ deux cents places). Sans parler de la combe du Gerpa ou de nombreux blocs semblent en équilibre 300 à 500 mètres au dessus de la route ?
Reste le petit emplacement au niveau de la chapelle de Béassac (souvenez vous le maquis de Béassac et de Celestin Freinet en Vallouise) mais il ne comporte qu’une vingtaine de places. L’hypothétique solution d’une navette, durant les vacances d'été, depuis Vallouise, comme à Névache au Nord des Hautes-Alpes, infuse dans les discussions.
En commençant la balade depuis la chapelle de Béassac, il faudrait donc compter environ une grosse demi-heure pour rejoindre Entraigues (environ 2 km et 140m de dénivelé positif), sous réserve de pourvoir passer en rive droite (au niveau des Fauries), puis repasser en rive gauche au niveau d'Entraigues. Ce qui nécessiterait de construire donc deux passerelles ou ponts...? Reste la situation sur la suite du sentier qui monte au refuge des Bans et qui est semble-t-il également endommagé...?
Mise à jour début juillet 2025 de cet article initialement rédigé début décembre 2024.
De gros engins ont commencé à effectuer des travaux, destinés à réaliser une piste/chemin entre les Fauries et le parking d’Entre les Aygues. Une décision du conseil municipal, en date du 15 mai 2025 (n°64), attribue la réfection de cette section de route à une entreprise de BTP locale.
Extrait de la décision municipale : "A la suite des différentes crues que la commune a subi de nombreux dégâts notamment sur les ouvrages communaux. Sur le secteur du torrent de l'Onde, la route d'Entre-les-Aygues a été emportée, empêchant notamment l'accès aux alpages et aux refuges de montagne. Pour pérenniser l'activité pastorale et touristique, il convient d'engager des travaux de réfection du cheminement desservant le fond de la vallée. Après en avoir délibéré, à l'unanimité le Conseil Municipal décide d'attribuer à la société Allamanno les travaux de réfection de la route pour un montant de 25168,80 € HT " Lien source Mairie Vallouise Pelvoux
Une petite piste qui mène à l'éboulement
Photos de plusieurs gros engins de chantier effectuant des travaux afin de réaliser une piste, ou un chemin, entre Les Fauries et le parking d’Entre-les-Aygues. Début juillet 2025 : fin des travaux de la petite piste menant à quelques centaines de mètres de l'ancien parking.

A Entraigues, quelques semaines après l'éboulement, des grimpeurs profitaient de la chute d’un énorme bloc, opportunément nommé « Toutatis », pour réaliser de nouveaux enchaînements, réalisant alors une première mondiale...
Le bas de la vallée de l’Onde au niveau de Vallouise abrite des pistes de ski de fond qu’il fallut entièrement redessiner pour s’adapter aux dégâts, avec une économie locale associée (moniteurs, loueurs, hébergeurs, commerçants, restaurateurs etc...). Ce tronçon de l’Onde entre le pont des places et de Gérendoine accueille la cascade de la Pissette ainsi que de nombreux promeneurs, coureur, cavaliers, vététistes etc...tant l’endroit est paradisiaque à toutes saisons...
Le risque, difficile à évaluer, de l’inondation du village de Vallouise et de ses accès utiles à l’activité touristique doit également être pris en compte. La route principale menant à Pelvoux et à Ailefroide fut coupée à l’entrée du village lors de la crue du Gyr en juin 2024. Que se passerait-il si les ponts sautaient coupant le village du reste du monde ou du moins de ses flux continus de touristes lors des vacances ?
Ces phénomènes nous incitent tous à beaucoup d’humilité face à la puissance de la nature. Sans sombrer dans une spirale catastrophiste, factuellement improductive et paralysante (effet « à quoi bon ») mais sans pour autant manquer de lucidité (à l’opposée d’un effet « autruche »), d’adaptabilité et de résilience face à ses bouleversements majeurs qui ne font que débuter…